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  • Photo du rédacteurjuliettehen6

Saint Kilda

Jeudi 8 Juin 2023


Position : 57°43’ N 6°49’W


Bonjour à tous !


Une fois n’est pas coutume, les carnets de bords se succèdent rapidement. J’avais bien pensé à les rassembler en un unique épisode, mais je me suis dit que non, St Kilda est un archipel tellement particulier qu’il méritait bien un post à lui tout seul ! Situé à 64km à l’Ouest Nord Ouest de l’île de North Uist, l’archipel comprend les îles les plus à l’ouest des Hébrides Extérieures, et à tous points de vue, il est simplement fascinant.


L’île principale, Hirta, dont la population ne fut jamais supérieure à 180 habitants fut entièrement évacuée à sa demande en 1930 et les seuls habitants sont désormais les gardiens l’été ainsi que quelques scientifiques, et du personnel qui s’occupe de la station radar installée par les militaires. La totalité de l'archipel est la propriété du National Trust for Scotland et le site classé de Saint-Kilda, s'étendant sur 225 km2 en comptant la partie maritime, est l'un des quatre sites écossais classés au patrimoine mondial par l'UNESCO. Les îles sont une zone de reproduction pour de nombreuses espèces d'oiseaux marins dont les fous de Bassan (deuxième plus importante colonie mondiale), les pétrels, les macareux moines ( plus grande colonie du Royaume Uni) et les océanites cul-blancs. Saint-Kilda possède également des sous-espèces spécifiques de troglodyte mignon et de mulot et deux races de moutons. Des groupes de volontaires travaillent sur les îles pendant l'été pour restaurer les nombreux bâtiments en ruines que les habitants ont laissés derrière eux.

Nous arrivons au mouillage en fin de journée le Mardi, peu de temps avant un autre voilier un peu plus grand que nous. Au matin du lendemain, nous sommes rejoints par un grand voilier école de 24mètres, et une petite vedette à moteur. Nous débarquons vers 9h30, juste avant l’arrivée des premières vedettes amenant des touristes pour la journée depuis les Hébrides ou Skye.



Hirta est célèbre pour son village habité jusqu’en 1930, mais surtout pour ses innombrables petites constructions en pierre sèche baptisées cleitean en gaëlique écossais et cleits en anglais.

Étant implantés en terrain pentu, les cleitean sont généralement disposés dans le sens de la plus grande pente, avec leur façade plane regardant l’amont et leur arrière arrondi tourné vers l’aval. Pour résister à la poussée au vide, le côté tourné vers l’aval est bâti en forme d’abside au fruit très marqué. L’entrée est une ouverture basse, aux piédroits convergeant l’un vers l’autre. Généralement formés de grandes dalles ou de blocs allongés, les piédroits sont coiffés d’une grosse dalle formant linteau. L'entrée était provisoirement murée par une demi-douzaine de grosses pierres empilées les unes sur les autres ; seuls les cleitean les mieux construits avaient une porte en bois.

Les blocs de granit sont disposés et agencés avec soin, mais leur forme irrégulière rend difficile tout assisage. Les blocs les plus gros sont employés dans la partie inférieure, les pierres les plus petites dans la partie supérieure. L’étanchéité est obtenue grâce à une épaisse couche de terre, en forme de lentille bombée, déposée sur le plafond de dalles et recouverte de mottes de gazon. L’absence de mortier, jointe à la forme des pierres, expliquent pourquoi ces maçonneries laissent passer l’air et le vent mais non pas la pluie. Mais cette caractéristique conditionne la fonction des bâtiments, celle de séchoir polyvalent.

Comme les habitants de Hirta étaient agriculteurs et éleveurs de moutons mais surtout exploitaient les oiseaux de mer et leurs œufs sur les îles environnantes, les cleitean, au nombre de 1 300 sur Hirta et de 170 sur les autres îles, jouaient un rôle fondamental dans la conservation de ces diverses ressources. Utilisés comme resserres universelles jusqu'en 1930, date du départ des derniers insulaires, les cleitean abritaient la tourbe (400 cleitean dans les années 1830), les filets de pêche, les pièges, les cordes d'escalade, les céréales (blé, orge, avoine), les pommes de terre (au xixe siècle), la viande de mouton salée, le poisson fumé, les carcasses salées d'oiseau de mer, les œufs mis dans la cendre de tourbe, les plumes d'oiseaux, le fumier, le foin, et les agneaux en hiver. Même sur Boreray, l’autre île de taille conséquente de l’archipel, on trouve un certain nombre de cleits qui étaient utilisés régulièrement pendant les expéditions de chasse aux oiseaux. Il faut bien se rappeler que la principale source de nourriture venait des oiseaux, en particulier les fous de Bassan et les fulmars ; on ramassait les œufs et les jeunes oiseaux pour les consommer frais ou traités. Les macareux adultes étaient attrapés en utilisant des cannes à pêche. Cette particularité de l'île avait un prix : lorsque Henry Brougham visita l'archipel en 1799, il écrivit que « l'air était infecté par une puanteur presque insupportable -un mélange de poisson pourri, crasses de toutes sortes et d'oiseaux puants ».

Après une belle balade dans les ruines du village, nous montons au sommet (430 mètres seulement !) pour admirer la vue, avant de redescendre pique-niquer au milieu des cleits, sous un soleil de plomb qui semble ne plus vouloir nous quitter décidément. Un rapide tour à l’église et dans la petite boutique de souvenirs adjacente, et nous allons retrouver un ami de Dion qui se trouve être en mission sur l’île en ce moment…le monde est petit, et cette rencontre improbable totalement surréaliste ! Il est logé le temps de sa mission dans l’ancienne « feather house », c’est-à-dire le lieu où étaient stockées les plumes dans le temps, avant d’être revendues.


En fin d’après-midi, nous rejoignons le bateau et partons admirer les colonies d’oiseaux. Nous longeons tout d’abord l’île de Dun, qui est toute proche de Hirta, et abrite l’une des plus grandes colonies de macareux de l’île. Ces drôles de petits oiseaux sont vraiment adorables et je ne me lasse pas de les observer. Leurs petits corps ronds, leurs queues courtes et leurs grosses têtes leur confèrent une silhouette particulière un tant soit peu comique. Leurs courtes ailes leur permettent un vol bas mais puissant. L’œil est cerclé de rouge et souligné par un fin sourcil noir prolongé en arrière, comme s’ils étaient maquillés. Le bec est la partie la plus remarquable, légèrement crochu, il est triangulaire et massif. Pendant la saison des amours (en ce moment donc !) le bec est particulièrement joli car il s’orne de couches cornées de couleurs vives. On y trouve du rouge, du bleu foncé et du jaune. Cet oiseau peu farouche et curieux vole plutôt mal, mais s’avère être un excellent nageur. Sa couche de graisse épaisse fait de lui un excellent pêcheur capable d’attraper des poissons jusqu’à 15 mètres de profondeur.


Nous poursuivons notre découverte en envoyant la grand-voile le temps de rejoindre Boreray. Cette île semble tout droit sortie d’un roman de science-fiction. Inhabitée, l’île se dresse devant nous avec ses pointes acérées à près de 400mètres d’altitude, ses pentes verdoyantes et ses falaises vertigineuses. Les oiseaux sont partout où ils peuvent établir un nid, sur l’eau, dans le ciel. C’est un paradis pour ornithologistes, je me régale à les observer, Louis confortablement perché sur mon dos dans le porte bébé, et j’essaye tant bien que mal de saisir la beauté de la scène avec mon appareil photo. Et puis il y a le son, ceux qui se sont déjà approché d’une grande colonie d’oiseaux peuvent peut-être imaginer, mais je ne peux décrire la scène sans parler du fond sonore, que je ne peux malheureusement pas capturer mais qui donne encore plus de profondeur au spectacle, car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’air est empreint du chant de centaines de milliers d’oiseaux, tous un peu différents, et on se demande comment dans cette cacophonie ils arrivent à communiquer…puis on se dit qu’ils pensent peut-être la même chose de nous !


Les habitants de St Kilda se rendaient sur Boreray pour chasser des oiseaux et ramasser des œufs, et y ont même construits des cleits comme mentionné précedemment. D’ailleurs, on sent que les oiseaux restent très méfiants de l’homme, même en bateau on ne peut s’approcher trop près au risque de les voir s’envoler. Nous sommes surpris aussi d’y observer beaucoup de moutons, dont certains arrivent à accéder à des endroits où je ne pense pas que j’aurais le courage d’aller moi-même ! On estime à environ un million de l’ombre d’oiseaux de mer qui nichent ici et sur les deux stacks adjascents (Stac Lee et Stac an Armin), grands pitons rocheux qui adjoignent l’île. Aujourd’hui, le temps est superbe et on en prend plein la vue, mais on imagine aisément comment ce paysage peut prendre une autre allure un jour de tempête. L’île est complètement exposée à la furie de l’atlantique Nord, tout comme les autres îles de l’archipel, et cela force le respect de penser aux anciens habitants, et aux sacrifices consentis pour pouvoir vivre dans ce lieu si reculé.

Nous prenons notre temps pour faire le tour de l’île, en contournant aussi les deux grandioses stacks, admirant le vol du fou de Bassan. Ces grands oiseaux de mer au corps blanc ont le bout des ailes noir et la tête d’un jaune pâle. Ce sont d’excellents planeurs et ils peuvent parcourir jusqu’à 200km pour aller pêcher. Il repère les bancs de poisson en vol et plonge en piqué pour aller les attrapé, parfois d’une hauteur de 30 mètres ! En approche finale, il adopte une posture hydrodynamique typique (à l’image du concorde dont se seraient inspirés les ingénieurs de l’avion !) qui lui permet d’entrer dans l’eau à une vitesse de plus de 100km/h. Le nom de fou leur aurait été attribué parce qu’ils engloutissent leurs proies sous l’eau, ce qui laissait à penser qu’ils plongeaient comme des fous pour rien…


Vers 19h30, émerveillés par cette expérience hors du commun, nous démarrons notre navigation vers l‘Est, profitant de la brise toujours étable pour rallier South Harris où nous arrivons au petit matin. Après une petite nuit pour Dion, nous faisons un rapide saut à terre puis repartons en direction de Skye. Rapidement, nous devons redémarrer le moteur faute de vent, et je finis même par sortir bronzer un peu sur le pont en bikini. On ne s’attendait vraiment pas à ça en venant en Ecosse, mais ma foi, je profite ! Vers 18h, nous arrivons aux îles Ascrib où nous décidons de mouiller pour la nuit, car c’est encore une fois un lieu de nidification de macareux. Demain, nous partirons mouiller au fond de Loch Snizort où habitent des amis à nous, que nous allons rejoindre pour le week-end. Je vous retrouve donc d’ici quelques jours pour vous raconter notre première découverte de l’île de Skye. D’ici là, portez-vous bien !


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