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  • Photo du rédacteurjuliettehen6

Retour à Beaver Island

Lundi 18 décembre 2023

 

Amarrés à la petite jetée, Beaver Island

 

Position : 51°51’12 S et 61°15’16 W

 

Bonjour à tous,

 

Le temps passe et je me rends compte que cela fait plus d’un mois que je n’ai pas donné de nouvelles. Il faut dire que nous avons été bien occupés depuis notre arrivée aux Falklands, entre retrouvailles avec les amis et la famille, travaux, retour sur notre île et déchargement du bateau. On commence tout juste à trouver un peu le temps de souffler.

 

D’ailleurs, en parlant de souffler, le retour au pays a été marqué par une longue période de vent fort, chose qui n’est pas inhabituelle pour la région, mais qui nous a rendu la vie un peu plus compliquée.

A notre arrivée, Dion décide de se lancer dans la rénovation de la salle de bain de notre maison de Stanley. Comme souvent, le projet a rapidement pris plus d’ampleur que prévu, et ce qui devait prendre une semaine en a pris un peu plus de deux. C’était surtout embêtant car une amie venue des États-Unis pour nous rendre visite arrivait justement pendant cette période. Nous l’avons donc retrouvée à Stanley, puis moi je suis rentrée à Beaver en avion avec Louis afin de l’y accueillir comme prévu après son petit séjour sur Pebble Island. J’étais un peu déçue de rentrer à Beaver sans Dion et par les airs plutôt que par la mer, mais la déception a vite fait place au bonheur de retrouver notre petite maison et aussi de retrouver mon beau père (Jérôme) et mon beau-frère (Leiv), qui nous attendaient à l’aéroport, avaient mis en route le chauffage dans la maison, et nous avaient préparé un bon diner. Nous sommes arrivés un dimanche, et le mardi, notre amie Mary arrive à son tour. Bien qu’elle soit déjà venue, c’est la première fois que Mary va loger chez nous, car lors de sa dernière visite il y a 5 ans, la maison n’était pas encore habitable. Elle redécouvre le « settlement », visite les différents bâtiments, et assiste à la tonte puis l’abattage de deux moutons. Jérôme nous prépare même de la cervelle afin de faire découvrir ce mets à notre visiteuse. Le lendemain, nous embarquons sur Golden Fleece et nous rendons à l’île voisine de New Island. En route, nous croisons des orques, et nous émerveillons à les regarder venir en surface fendre l’eau de leurs ailerons profilés le temps de prendre une petite respiration avant de sonder à nouveau.

 

Nous arrivons sous la brume, et passons à quelques encablures du trois mâts Europa qui est mouillé dans la baie. C’est toujours un plaisir de croiser ce grand voilier que nous connaissons bien, et dans cette atmosphère brumeuse le tableau est très pittoresque. Une fois arrivés, nous descendons à terre saluer les gardiens de l’île, Tim et Jenny. L’île étant une réserve naturelle, il n’y a pas d’habitants à l’année, mais un couple de gardiens qui gèrent l’entretien des bâtiments, les vivres et les transferts de personnel, car des scientifiques font ici des études chaque année et quelques touristes chanceux peuvent venir passer plusieurs jours sur cette île merveilleuse. Car New Island n’est pas bien grande, mais elle possède une faune absolument incroyable. Les oiseaux ici sont partout, si bien qu’à quelques centaines de mètres des maisons seulement on peut aller observer à loisir une petite colonie de manchots papou. Plus loin, sur la côte exposée aux vents, on trouve sur les falaises de nombreuses colonies d’albatros à sourcils noirs, ainsi que des colonies de gorfous sauteurs et de cormoransimpériaux. La liste serait trop longue pour les citer tous, mais beaucoup d’autres espèces d’oiseaux nichent sur cette île.  Un peu plus loin, on trouve aussi des colonies d’otaries, et puis des lions de mer. Le tout avec des paysages aussi variés que grandioses, c’est un véritable paradis pour les amoureux de la nature, et nous adorons venir y passer un peu de temps, d’autant qu’elle ne se trouve qu’à 12 milles de Beaver. Nous sommes les plus proches voisins des résidents temporaires de New Island !

 

Après un rapide déjeuner à bord, nous allons faire un tour à la colonie d’albatros, l’occasion de se dégourdir un peu les jambes pour les filles, tandis que les garçons, eux, empruntent la voiture électrique que Jérôme veut tester en vue d’en acheter une un jour pour Beaver. La brume a fait place à un beau ciel bleu, et nous nous régalons au bord des falaises à admirer les albatros. La plupart sont tranquillement posés sur leurs nids à couver leur unique œuf, tandis que d’autres planent gracieusement au-dessus de l’océan. Parfois, l’un d’eux choisit de venir se poser à quelques mètres seulement de nous, nous frôlant presque de leurs grandes ailes. Ce sont d’immenses oiseaux d’une envergure allant jusque 2m50, autant vous dire qu’on se sent plutôt petits quand ils passent en rase mottes au-dessus de nous. Ces oiseaux majestueux doivent leur nom à bande sombre située juste au-dessus de leurs yeux, qui souligne élégamment leur regard comme un trait de crayon sur un sourcil. Ils sont résidents dans l’hémisphère Sud, et on estime que près de 80% de la population mondiale niche aux Falklands. Mon rêve est d’avoir un jour une colonie de ces merveilleux oiseaux chez nous à Beaver…

 

Le lendemain, Jérôme nous embarque de nouveau à bord du Golden Fleece, pour aller visiter Staats cette fois. Staats appartient à la famille Poncet, et c’est là que réside le seul troupeau de guanacos des Falklands. Ces animaux sont magnifiques, mais malheureusement, nous allons devoir nous en séparer bientôt, car l’érosion causée par des années de pâturage escessif devient catastrophique sur ‘île, il n’y a plus vraiment de quoi nourrir les animaux, qui du reste ne sont pas exploités commercialement. En route, nous déposons quelques casiers dans l’espoir de pêcher des crabes, puis faisons deux petits arrêts sur des îlots pour vérifier l’absence de rats (on y dispose régulièrement du poison dans ce but). La météo nous gâte encore, et nous passons un très bon moment à terre à Staats, à observer les guanacos, nous balader sur l’île, et puis à jouer dans le sable avec Louis sur la belle plage de sable blanc. Au retour, nous relevons les casiers et y trouvons quelques beaux crabes, de quoi envisager un joli festin pour le soir ! On découvrira plus tard que Louis adore le crabe…on se demande d’ailleurs si il y a quelque chose que cet enfant n’aime pas quand il s’agit de nourriture !

 

Après deux journées de bateau, nous passons notre samedi à nous promener à Beaver, à pied et en voiture. Nous rendons visite aux manchots, et nous régalons à les observer et à admirer les tous jeunes poussins. On en aperçoit même un en train de tout juste sortir de sa coquille. Assise près de la colonie installée sur le flanc de la colline, je prends un moment pour savourer cet instant, regardant mon fils s’approcher sans crainte à quelques mètres des manchots, m’émerveillant comme au premier jour de la beauté du lieu. Et je mesure une fois de plus la chance que nous avons de vivre ici.


Notre séjour à Beaver touche à sa fin, mais les aventures continuent. Mary nous invite Louis et moi à passer trois nuits avec elle sur Sea Lion. Nous serons logés dans un lodge, et allons nous régaler à observer la faune variée de cette petite île au charme fou. Sea Lion est une des rares îles aux Falklands à ne pas avoir de rats, ce qui fait que de nombreuses espèces d’oiseaux y nichent – et pas que des manchots ! Mais ce qui rend cette île particulièrement unique, c’est qu’elle abrite la plus grande colonie d’éléphants de mer de l’archipel, et surtout qu’on peut y observer de mi-novembre à mi-décembre un groupe d’orques qui a développé sa technique de chasse pour venir chercher les jeunes éléphants de mer dans une sorte de piscine naturelle. Nous sommes donc pile à la bonne saison.


Nous arrivons à Sea Lion en fin de matinée le lundi et sommes accueillis par Micky, le gérant. Après avoir déposé nos affaires dans la chambre, nous déjeunons rapidement avant d’aller nous promener sur la plage. En route, nous croisons 3 manchots royaux, et Louis s’amuse à jouer avec eux, choisissant de les suivre par moments, ou de se faire suivre à d’autres, la scène est cocasse et franchement adorable. Une fois arrivés sur la grande plage, il découvre avec étonnement les éléphants de mer. Comme à son habitude, Louis est très curieux mais pas craintif, cette fois cependant, je ne le laisse pas s’approcher trop près…pas envie de le voir se faire écraser par un de ces larges mammifères ! Pour terminer, nous allons faire un tour sur la plage du Nord où les manchots papous sont en train de débarquer. La lumière est douce et belle, nous sommes seuls sur la plage avec des centaines de manchots qui se sèchent avant de rejoindre la colonie. Je me pose tranquillement pour contempler la scène, et Louis s’endort dans mes bras. J’aurais presque envie de fermer les yeux moi aussi, mais il faut songer à rentrer, alors après une demi-heure de cette parenthèse enchantée, je remets Louis sur mon dos et nous rejoignons le lodge.

Le lendemain, le vent souffle fort, alors nous prenons notre mal en patience et passons la matinée à attendre que ça se calme. L’après-midi, nous empruntons la land rover et allons voir la colonie de gorfous sauteurs. Ces petits manchots se distinguent par une touffe de plumes noires et jaunes de chaque côté de sa tête appelée aigrette. Le Gorfou sauteur mange surtout des crustacés et des petits poissons. Il peut atteindre en plongée une profondeur d'environ 100 m. Il revient sur terre seulement lorsqu'il mue et pour se reproduire, comme c’est le cas ici en ce moment.

Pour rejoindre la colonie, les  gorfous doivent ici quasiment escalader des falaises…qu’ils arrivent à gravir à l’aide de puissants sauts, d’où leur nom (en anglais ils s’appellent d’ailleurs « Rockhopper penguins »).

En fin de journée, le vent finit par tomber, et nous sortons de nouveau après dîner pour profiter d’un superbe coucher de soleil et tenter d’aller observer les orques près de la « piscine » des éléphants de mer. Les orques sont au rendez-vous, et si nous ne sommes pas témoins d’une prédation, nous pouvons tout de même longuement les observer patrouillant la zone, guettant leurs proies. Je pourrais rester des heures, mais Louis commence à fatiguer, alors nous regagnons le lodge des étoiles plein les yeux alors que le soleil commence tout juste à disparaitre derrière l’horizon.

Au réveil, cap sur une petite plage côté Nord, pour profiter un peu avant le passage d’une autre tempête. Un petit groupe d’éléphants de mer se prélasse gentiment sur la plage, les jeunes, curieux, regardent Louis avec leurs yeux ronds comme des billes. A quelques mètres, dans l’eau, des ailerons fendent l’eau discrètement profitant d’être partiellement cachés par le kelp…les orques sont encore une fois au rendez-vous. Je n’ai pas pris mon appareil photo en revanche cette fois, alors je me contente de regarder. Louis comprend vite que pour se protéger du vent, il n’y a pas mieux que le tussoc, l’herbe haute qui borde la côte. Il se régale à crapahuter dans ce labyrinthe végétal, alors nous passons pas mal de temps à y jouer à cache-cache. Aux premières gouttes de pluie, nous regagnons le confortable lodge pour aller déjeuner, et ne ressortirons qu’en fin d’après-midi. La soirée est belle encore une fois, mais nous sommes fatigués, aussi, nous laissons Mary aller seule guetter les orques tandis que nous allons nousreposer après dîner. Elle y retournera à 4 heures du matin et aura cette fois la chance d’observer les orques en chasse, avec en prime un magnifique lever du jour. On n’a passé que trois nuits ici, mais les journées furent si remplies qu’on a le sentiment d’y avoir passé une semaine. Mary s’installe à côté du pilote dans l’avion qui nous ramène à Stanley, tandis que j’occupe une rangée à l’arrière avec Louis sur mes genoux. Le ciel est dégagé et les vues sont somptueuses, ce qui prolonge encore un peu la féérie de ces derniers jours. Je me prends à rêver encore et me demande si Louis va se souvenir de ces journées extraordinaires que nous venons de passer. A Stanley, Dion nous attend à l’aéroport, heureux de retrouver son fils…et peut-être un peu aussi de me retrouver moi ?

 


A peine arrivés, nous rejoignons le bord pour faire un point météo, et décidons qu’il faut partir dès le lendemain. Il faut donc régler toutes les dernières bricoles rapidement, et surtout s’occuper de faire les courses, car à Beaver, il n’y a pas de supermarché !

 

Le vendredi 1er Décembre, trois semaines apres notre arrivée à Stanley, nous prenons donc la mer de nouveau, pour la dernière étape de notre voyage qui nous ramènera chez nous. Sur le papier, la météo s’annonçait plutôt bonne…mais rapidement, dehors, les conditions se dégradent, tant et si bien que nous rebroussons chemin après une cinquantaine de milles pour prendre un mouillage en attendant que le vent tourne un peu. Cela nous permet de passer une nuit « tranquille », et en milieu de matinée, nous levons l’ancre de nouveau et poursuivons notre route. En fin d’après-midi, nous venons virer de bord tout près de Sea Lion. Le lendemain matin, le vent commence à tourner franchement au Sud Ouest, et c’est escorté de nombreuses baleines que nous passons la pointe SE de la grande île de l’Ouest, avant de longer Bird Island où nous nous régalons à regarder voler les albatros, puis enfin nous entrons dans les eux abritées devant Tea Island, laissons Staats à Babord, et voyons enfin se dessiner les côtes de Beaver. On devra affaler un peu avant d’arriver au mouillage car le vent comme à son habitude a décidé de jouer les troubles fêtes en se calant résolument dans notre nez, mais cela n’entame pas la joie que nous avons à remonter pour la première fois la crique avec notre joli voilier. A mesure que Beaufoy se rapproche, les maisons commencent à se dessiner, on aperçoit les autres bateaux, puis quelques silhouettes qui se dirigent vers la jetée où nous allons nous amarrer. L’émotion est palpable. Tous les trois, sur le pont, nous nous embrassons avant la manœuvre d’arrivée. Cette fois, on peut dire qu’on l’a fait…on est rentrés chez nous. Il va falloir sortir de notre bulle pour de bon maintenant, et retrouver notre nid à terre, où Louis va pouvoir avoir un peu plus d’espace. A terre, Jérôme, Leiv et même Sally sont là pour nous accueillir. La famille est presque au complet, Louis retrouve ses grands-parents du bout du monde, et son tonton qui arrive tout juste d’Alaska.


Nous sommes le 3 Décembre 2023, après avoir parcouru environ 7000 milles nautiques depuis que nous avons quitté la France, notre voyage tire à sa fin. La boucle est bouclée. Les amarres sont lancées, le bateau s’immobilise à la jetée, on coupe le moteur. Clap de fin sur notre première grande navigation en famille.

 


​Alors que j’écris ces lignes, plus de deux semaines se sont écoulées depuis notre arrivée. Deux semaines intenses, où nous avons passé le plus clair de notre temps à décharger le bateau, ranger, nettoyer. On commence tout juste à en voir le bout. Le bateau est remonté dans l’eau de dix centimètres au moins, ce qui montre à quel point nous étions surchargés. On a hâte de repartir naviguer un peu dans le coin pour voir comment le bateau se comporte sans tout ce poids que nous lui avions infligé.

Nous avons retrouvé notre maison avec bonheur, et le terrain de jeu s’est considérablement agrandi pour notre petit Louis. Il ne lui aura fallu que trois jours pour se mettre à marcher, et depuis, les progrès sont fulgurants. Finalement, il attendait juste d’être à la maison pour s’y mettre ! On s’apprête donc à passer Noël tranquillement en famille, puis nous avons prévu de partir naviguer pour quelques jours pour terminer l’année et démarre la suivante dans notre petite maison flottante. On ira jusqu’à Stanley en faisant quelques escales en chemin, et de là, Dion partira en Géorgie du Sud le 10 Janvier pour 6 semaines. Louis et moi reviendront à Beaver en avion et entamerons une nouvelle période en solo, mais avec un grand-père et un tonton pas loin !


Voici donc les nouvelles du bord si je puis dire. Merci de nous avoir suivis jusqu’ici, je ne sais pas quand je reprendrais la plume, car nous n’avons pas prévu de grand voyage d’ici un petit moment…mais si cela vous intéresse, je peux partager de temps en temps des petites tranches de vie. Parce que finalement il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour faire de beaux voyages, et nous comptons bien naviguer dans les îles ici maintenant que le bateau est plus léger, histoire de découvrir vraiment son potentiel !

 

Je vous souhaite à toutes et à tous d’excellentes fêtes de fin d’année, et vous dit donc à une prochaine pour un nouveau carnet de bord depuis les Falklands !

 

 

 

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