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  • Photo du rédacteurjuliettehen6

Ilhabela et Florianópolis

Mercredi 25 Octobre 2023

 

Position : 27°26’ S et 48°22’ W

 

Au mouillage à Praia dos Ingleses, Florianópolis– île de Santa Catarina

 


Bonjour à tous,

 

Le temps semble avoir filé bien vite depuis mon dernier carnet de bord, et nous voici déjà prêts à quitter le Brésil. Nous sommes prêts à mettre le cap vers les Falkland, en revanche le vent, lui, semble décidé à nous fermer encore une fois la porte…puisqu’il est presque plein Sud, donc pile sur notre route, et bien plus fort qu’on ne l’avait estimé d’après les prévisions. Mais voyons le positif…cela veut dire que j’ai encore du réseau, et me laisse donc le temps d’écrire et de publier ce message.

 

Nous nous étions quittés la dernière fois alors que nous approchions de l’île de Sao Sebastiao, plus connue sous le nom d’Ilhabela qui est en fait le nom de la municipalité, et qui signifie littéralement « belle île ». Ma foi c’est vrai que cette île est pleine de charme et très jolie. C’est plutôt tranquille avec « seulement » 30 000 habitants pour 350km2 environ – tout est relatif évidemment (par rapport à chez nous, c’est surpeuplé !). Nous y arrivons de nuit, vers 22h, et sommes accueillis par Gaby, le père d’une très bonne amie, qui nous a réservé une bouée au Pinda yacht club, où nous pouvons nous amarrer gratuitement. C’est une aubaine, car même si on peut très bien jeter l’ancre si on veut, cela nous permet d’être tout près de la plage, et de pouvoir utiliser les douches, vider nos poubelles, et puis avoir un lieu où amarrer l’annexe en sécurité. Des détails qui paraissent insignifiants quand on est à terre, mais qui revêtent beaucoup d’importance lorsque l’on vit sur un bateau.

 

Le lendemain de notre arrivée, mercredi, le soleil est au rendez-vous, et nous allons nous balader dans le centre historique afin de dégourdir nos jambes dans les petites rues pittoresques, et de se payer une bonne glace. Après cela, nous allons passer la fin de journée chez notre ami Gaby, saisissant du même coup l’occasion de donner un bain à Louis dans une vraie grande baignoire. Chaque escale semble ravir notre petit moussaillon, qui découvre les nouveaux environnements avec bonheur…sans parler des nouveaux amis ! On se sent bien ici car nous avons déjà nos marques, puisque nous étions venus passer une dizaine de jours avec nos amis il y a 5 ans. Le rythme est différent cette fois, avec des levers plus matinaux, moins ou plutôt pas de randonnées la pluie nous en dissuadant, et beaucoup moins de caïpirinhas le soir !  Mais on arrive tout de même à caler de sympathiques promenades, un peu de shopping, une belle séance de baby yoga avec Cielo, la femme de Gaby, qui est instructrice de yoga, et aussi une visite de la voilerie North Sails que dirige Gaby. Louis s’éclate à gambader sur le joli plancher tandis que Dion & moi regardons les belles voiles en fabrication avec les yeux ronds, salivant presque comme si nous étions devant la vitrine d’un magasin de bonbons.

On prévoit de partir vendredi soir, mais la météo n’est pas si engageante, et puis nous recevons une invitation du commodore du yacht club pour une petite fête le lendemain, qu’il nous parait malpoli de refuser. En prime, il s’agit de manger de la feijoada, qui est le plat traditionnel Brésilien, un râgout à base de haricots noirs et de viande de porc, et que nous adorons. C’est finalement assez comique car Gaby nous avait dit que cela démarrait à 16h…et lorsque nous arrivons…c’est déjà quasi terminé. Il reste un peu à manger, mais le concert, lui, est quasiment fini. On a tout de même le temps de se déhancher rapidement le temps de quelques chansons, puis nous dégustons tout de même une très bonne feijoada. Le ventre bien rempli, nous regagnons le bord vers 19h, couchons le petit, puis faisons route vers Florianopolis. Ilhabela n’a pas disparu dans le sillage que nous avons déjà envie d’y retourner, pour revoir l’île bien sûr, mais surtout pour retrouver nos amis qui nous y ont si bien accueillis.

 

Le début de navigation est plutôt agréable, pour une fois nous partons au portant, pas trop de mer, le bateau marche à 7 ou 8 knts… Mais rapidement l’affaire se corse. D’abord notre pilote automatique que l’on pensait réparé recommence à faire n’importe quoi, ce qui nous vaut de grandes embardées, des alarmes en pagailles, et pas mal de sprints sur le pont pour Dion. Puis arrivent de violents orages, avec averses à profusion, grondements de tonnerre et magnifiques éclairs, le tout agrémenté de jolies bascules de vent, et de variations monumentales de force. On prend donc des ris, on en relâche, passe du portant au près etc etc…en boucle pendant 24h, jusqu’à notre arrivée en milieu de nuit à Santo Antonio de Lisboa, sur l’île de Florianópolis. Pauvre Dion est un peu lessivé…on a mis juste 2 jours, mais la navigation a été intense !

 

Le lendemain de notre arrivée, nous entrons dans un petit mouillage où notre ami Fabio nous a trouvé une bouée pour amarrer le bateau. Le site est plutôt charmant, juste devant un village assez pittoresque, fondé par les premiers colons de l’île venus des Açores en 1748. La plage devant nous est bordée de terrasses en bois de petits restaurants, et juste à côté de nous se trouvent des rangées de parc à huitres.

 Fabio nous retrouve en fin de matinée, et vient prendre un café à bord, avant de nous amener déjeuner dans un restaurant typique brésilien, de passer chez lui prendre une bonne douche, puis d’emmener Dion faire les formalités d’entrée. Fabio est à l’origine un ami d’ami, que j’ai contacté car il habite ici à Florianópolis et qu’on m’avait dit qu’il pourrait nous conseiller pour le mouillage, etc. Je pars toujours du principe que pour découvrir un lieu, il n’y a rien de tel que de rencontrer des gens qui y habitent, donc je n’ai pas hésité à le contacter, et grand bien m’en a pris !  Fabio est un personnage atypique, au rire communicatif, et d’une gentillesse incroyable. Il est chirurgien généraliste, une spécialité qui n’existe plus vraiment chez nous, qui lui permet en somme d’opérer tout et n’importe quoi. Il a passé beaucoup de temps à participer à des missions humanitaires en Amazonie, où il possède d’ailleurs une maison puisqu’il a développé une passion pour cette partie de son pays. Bourlingueur infatigable, Fabio est aussi un « voileux », et avait rencontré Dion en Géorgie du Sud déjà il y a pas mal d’années. Lors de notre escale, il jongle entre ses gardes à l’hôpital, s’occuper de ses enfants, et la préparation d’un grand voyage où il est employé comme médecin accompagnateur.

Il arrive néanmoins à prendre le temps de nous amener visiter un peu le Sud de l’île en voiture. Cette visite nous prend toute une après-midi, et nous permet d’apprécier la partie la plus sauvage et traditionnelle de l’île. Le vent du S est frais et le temps un peu gris, mais on apprécie tout de même les paysages, qui sur Florianópolis sont aussi nombreux que variés. Baies, criques, plages, dunes, lagunes, mangrove et aussi la forêt atlantique, « mata Atlantica » en portugais. Cette forêt, aussi ancienne que méconnue, recouvrait une bonne partie du littoral brésilien et a été largement détruite pour faire place à des villes et espaces urbains. Elle abrite une faune et une flore extrêmement riche et variée, mais nous n’aurons pas le temps de nous y promener en profondeur malheureusement. On en profite tout de même en empruntant une piste qui la traverse, apercevons tout de même un toucan et découvrons également des terres agricoles. On s’arrête d’ailleurs dans une ferme le temps de déguster un « caldo de cana » (jus de canne à sucre) et d’acheter des œufs frais.

Pour rester dans le thème de la canne à sucre, Fabio nous emmène ensuite visiter une distillerie de cachaça artisanale qui utilise encore des méthodes bien traditionnelles pour produire l’élixir si convoité au Brésil.

La cachaça se caractérise par une méthode de production très artisanale. Le procédé de base est plutôt simple : on récolte et presse la canne à sucre pour en extraire le jus avec des presses rotatives, on filtre le jus pour le débarrasser des résidus et on le verse dans des cuves en bois ou en inox. On y ajoute, ensuite, des levures le plus souvent indigènes pour démarrer la fermentation qui sera, dans la majorité des cas, courte (24 à 48h). Une fois la fermentation terminée, on obtient, un « vin de canne à sucre », titrant entre 6 et 10% vol d’alcool prêt à être distillé. La distillation se fera, le plus souvent, dans des alambics à repasse artisanaux. On ne garde alors que le cœur de la distillation soit 70% environ, pour obtenir une version des plus pures avec un taux d’alcool compris entre 38° et 48°vol. Pour l’adoucir, on y ajoute parfois du sucre, jusqu’à 6 grammes par litre.

On a l’impression de faire un petit saut dans le passé en entrant dans la distillerie, car les presses rotatives sont ici entrainées par deux vaches. On peut voir le jus de canne partir directement dans une première cuve où il est filtré, et puis on s’approche de l’alambic, qui est alimenté par un feu de bois au-dessus duquel chauffe une marmite d’un genre de caramel de canne à sucre. Le patron nous fait goûter ce caramel, puis évidemment propose de déguster la cachaça qu’il produit, en version « pure » puis en version vieillie en fut de chêne. Bien entendu, nous achetons une bouteille de chaque, il serait triste de ne pas repartir avec un petit souvenir Brésilien ! C’est la première fois que j’achète des bouteilles remplies sous mes yeux, sans étiquette, puis bouchées avec un petit coup de marteau, et ma foi, ça a son petit cachet. Je suis sûre qu’une fois rentrés à la maison, dans quelques mois, nous serons bien contents de pouvoir déguster une petite caïpirinha faite avec la cachaça de Florianópolis !

Le soir, Fabio nous invite à dîner chez lui, et nous sert des huitres locales, mais pas franchement comme on a l’habitude de les manger. La moitié sont recouvertes de béchamel et de fromage et sont gratinées au four, l’autre est cuite dans un tout petit peu d’eau, juste le temps que les coquilles s’ouvrent. Moi qui n’ai jamais aimé les huitres car elles me rendent malades, j’arrive cette fois à en déguster 4, non seulement sans être malade, mais en prime en les appréciant ! Pour terminer cette belle journée, Dion et Fabio se rendent à un petit concert en bas de la rue, tandis que moi je reste me reposer et veiller sur Louis, qui après toutes ces aventures démarre sa première nuit à terre au Brésil.

Le lendemain, nous sommes invités à un barbecue chez des amis navigateurs de Fabio, qui habitent juste à côté de là où notre bateau est amarré. Gabriel et sa femme Fabiana ont deux enfants en bas-äge et reviennent de deux ans à vivre à bord de leur bateau. Le courant passe tout de suite et nous devenons amis en un rien de temps. Louis est aux anges car leur maison regorge de jouets en tous genres, et leur petit garçon de 4 ans ne demande qu’à jouer avec lui. Elle est chirurgien, mais toujours en congé maternité, et lui est en reconversion également, si bien qu’ils sont très disponibles, et comme Fabio, ils se plient en quatre pour nous et nous font vraiment apprécier la chaleur de l’accueil brésilien. Le temps défile rapidement, entre avitaillement, sessions de jeux pour les enfants, rencontre avec la sœur d’une amie qui vit ici aussi, et c’est déjà l’heure de songer au départ.

Lundi en fin de matinée, Fabio vient nous chercher pour aller faire les formalités de sortie. Cette fois, nous devons y aller tous ensemble, puisque nous allons quitter le pays. La police fédérale doit donc tamponner nos passeports. J’avais évoqué déjà la lourdeur de l’administration Brésilienne…cette journée nous le rappelle un peu trop vivement ! Un véritable marathon qui nous envoie de bureau en bureau avec des kilomètres à parcourir entre chaque, des agents absents, des heures d’attente... Un vrai bonheur avec un bambin de 13 mois qui ne demande qu’à gambader partout ! Nous regagnons le bateau à 18h30, rincés, mais en règle avec les autorités, et officiellement prêts à prendre le large.

Mardi matin, je débarque avec Louis pour aller faire les courses de frais, pendant que Dion s’affaire aux derniers préparatifs à bord. Nous déjeunons ensuite chez nos amis avant de faire nos « au-revoir » et de regagner notre bord. Une fois Louis endormi, nous quittons notre bouée et nous mettons en route. La météo annonce du vent de Sud assez fort, mais nous essayons de rester optimistes en se laissant l’option de s’arrêter si les conditions sont trop mauvaises. On se rend rapidement compte que le vent est bien plus fort qu’annoncé, et dès 20h, nous prenons la décision de rallier une baie qui parait abritée et d’y patienter jusqu’à ce que le vent tourne au Nord, ou au minimum mollisse un peu, car là dehors il y a 30 à 35 kn de vent, pile sur notre route.

C’est donc de là que je vous écris. On vient d’y passer une journée paisible, entourés de bateaux de pêche qui eux aussi ont choisi de s’abriter le temps du coup de vent. Cela nous permet de reprendre notre petit rythme de vie à bord, dans notre petit microcosme familial, et ma foi, c’est chouette aussi. Je vous laisse donc ici, et vous retrouverais si tout va bien d’ici deux grosses semaines sans doute, une fois que nous serons rentrés aux Falkland !

 

D’ici là, je vous souhaite une excellente fin de semaine !

 

 

 

 

 

 

 

 

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